Mille façons d’interpréter ses données
Le choix du point de vue.
« Ethnomedia, un bric-à-brac ?! Certainement pas ! » annonçait jcM dans son premier article. En effet Ethnomedia est, me semble-t-il, un outil commun nous permettant de secouer les points de vue. C’est donc naturellement par une histoire de point de vue que je souhaite entamer cette aventure.
Un physicien enregistre l’audience de deux sites internet pendant 10 jours en relevant toutes les deux heures le nombre de personnes connectées au moment du relevé. La manière la plus intuitive de représenter graphiquement les données issues de cette expérience est de tracer l’audience en fonction du temps. A partir de cette représentation, le physicien peut déduire un certain nombre d’informations (nombre maximal de personnes connectées, moyenne des connectés par jours, etc.). A première vue, rien ne permet de différencier l’audience des deux sites.

Un photographe peut choisir de changer de cadre pour photographier un même objet. Cela lui confère le statut d’artiste. Un historien peut choisir de changer de paradigme pour décrire un même événement. L’existence même de ce choix lui est parfois reprochée : « trop de subjectivité en sciences humaines et sociales ? ». Pourtant le choix du changement de point de vue s’offre également à notre physicien.

Le graphe ci-dessus est une représentation différente des mêmes données | 1 |. Le nombre de personnes connectées est tracé en fonction de la fréquence. L’audience du site 1 présente un pic marqué à la fréquence 1. Cela indique que son audience a un caractère périodique avec une fréquence de 1 répétition par jour. Il peut s’agir d’un site national dont l’audience augmente le jour et diminue la nuit, ce phénomène se répétant une fois par jour. Le site 2 est peut-être un site international. Le jeu des décalages horaires successifs le long de la planète fait que les connexions se font de manière aléatoire dans le temps. L’audience de ce site ne présente donc pas de caractère périodique (pas de pic dans le second graphe).
Cet exemple, volontairement simpliste, illustre comment le physicien, par ses choix de représentation, influe sur la description de l’objet étudié. Un physicien en blouse blanche n’est donc pas remplaçable par n’importe quel autre physicien dans la même blouse blanche. Il est un sujet Ethnomedia.
| 1 | Le passage d’une représentation à l’autre se fait grâce à un outil mathématique appelé Transformée de Fourier.


Un Commentaire
1 | Anne a fait un commentaire :
OK donc là nous sommes face à un « exemple volontairement simpliste »
Et je n’en suis qu’à l’article numéro 2…
édifiant et d’une pertinence confondante.
Je me sens moins stupide après ça.
Mais j’ai peur de ne pas être à la hauteur de ce qui suivra…
je vais m’accrocher, promis !