Au crochet des autres ?
Le positionnement spécifique des designers, à la croisée de l’art et de l’artisanat, les oblige à mettre en perspective leur goût de la pièce unique et leur envie de diffuser leurs créations à tous les publics. Par choix, mais souvent aussi par nécessité économique. Le design textile en est un bon exemple.
Anne-Claire Petit a créé la marque qui porte son nom et propose une série d’accessoires et de vêtements pour enfants au crochet. Les collections sont constituées de pièces uniques, fabriquées à la main, dans le respect des techniques de fabrication traditionnelles. Elle est diffusée dans des centaines de grands-magasins et boutiques, dans plus de 36 pays en Europe, en Asie et aux USA. Une production manuelle rentable à cette échelle est rendue possible uniquement grâce au principe du commerce équitable : une grande partie du tricot au crochet est effectué dans les campagnes asiatiques où les femmes préservent leur patrimoine culturel en transmettant leurs techniques de génération en génération. Grâce à cette activité, elles génèrent des revenus pour tout le village. Je n’ai pas fait d’enquête et n’ai pas de retour de ces femmes. Mais je ne suis pas méfiante de nature et espère seulement qu’elles sont dignement rémunérées et bien traitées.
Si la marque n’a pas fait un choix « tendance », mais un réel choix éthique, cette expérience intéressante me semble exemplaire, car un designer textile est confronté à un dilemme : créer et fabriquer lui-même ses « œuvres » textiles, pièces uniques, pour un petit groupe de privilégiés (financièrement j’entends), ou confier la production de ses créations à une entreprise, cette semi-industrialisation lui permettant de proposer une gamme de « produits » abordables. Mais adieu la pièce unique, adieu le « fait-main » !
En explorant de nouvelles possibilités de collaboration économique et de partenariat créatif, anne-claire petit ne semble céder ni à la logique de production de masse, ni à celle qui veut nous faire croire que la rareté et l’unicité sont nécessairement très chères et réservées à des nantis. La marque propose des œuvres uniques à un tarif abordable.
Le dossier de presse nous dit : « anne-claire petit offre une version optimiste du monde à tous les niveaux. De la conception à la production. »
C’est certainement une des meilleures définitions du créatif culturel : ne pas s’épuiser à essayer de révolutionner les choses en rejetant le monde actuel et les règles du jeu qui ne lui conviennent pas, mais faire bouger les mentalités en douceur, avec ingéniosité, par la force de l’exemple, au sein même de ce monde, en jouant de ses règles.
Ne nous leurrons cependant pas. Ce dispositif économico-artisanal n’est possible et viable qu’en raison d’une forte disparité entre les niveaux de vie de nos pays occidentaux et des pays du sud. La pièce unique à prix raisonnable est l’enfant de cette union parfois perverse. N’est-elle possible qu’à ce prix ?


Un Commentaire
1 | Annie a fait un commentaire :
Je suis allée sur le site d’Anne-Claire. Ce sont de beaux objets. J’aime ces couleurs vives. Les prix sont assez élevés.. mais pas plus que certains affreux cadeaux offerts aux enfants!
Un article me plaît particulièrement.. pour mon humble personne.. Le porte-monnaie!