Le vote blanc

Il y a quelques semaines ont eu lieu les élections régionales. La part d’ethnomedia qui veille en moi m’a conduit à observer cet objet qu’est l’élection avec le regard un peu formaté du physicien.

Une urne de vote utilisée dans l'élection qui a aboli  la ségrégation. Newseum, The Interactive Museum of News, Washington, DC Une urne de vote utilisée dans l’élection qui a aboli la ségrégation. Newseum, The Interactive Museum of News, Washington, DC – © afagen


Considérons le processus électoral comme un instrument permettant de mesurer un paramètre, le vote des citoyens, d’une expérience appelée élection. Lorsque je choisis un microphone pour réaliser une mesure acoustique, je m’assure que l’étendue de sa gamme de niveau et de fréquence admissible est compatible avec le bruit que je souhaite mesurer. Je m’assure également que ses dimensions ne sont pas susceptibles de perturber de façon trop importante le champ sonore dans lequel je vais le placer. Dans le cas qui nous occupe, celui de l’élection, l’étendue du phénomène à observer est rapidement cernée :
1. certains citoyens prennent part à l’élection et votent pour un des parti représenté ;
2. certains citoyens prennent part à l’élection mais ne votent pour aucun des partis représentés ;
3. certains citoyens ne prennent pas part à l’élection contestant ainsi sa légitimité même.

Pourtant, l’Etat français, en ne reconnaissant pas le vote blanc, se dote d’un instrument de mesure défaillant. Il est défaillant parce que sa gamme de mesure ne couvre pas l’étendue du phénomène à observer : sans vote blanc, impossible de quantifier le nombre de citoyens se classant dans le groupe 2 ci-dessus. Plus grave, l’utilisation de cet instrument de mesure défaillant perturbe le phénomène qu’il observe. En effet, certains citoyens du groupe 2, ne voyant pas l’utilité de prendre part à l’élection puisque leur vote n’est pas comptabilisé choisissent de la contester en n’y prenant pas part /1/.

La suite est une pure fiction. Imaginons donc… Je propose à mon employeur une amélioration acoustique du produit qu’il commercialise. Lors de l’essai final, je m’aperçois que le bruit, au lieu de diminuer, a augmenté en particulier dans les fréquences aiguës. Craignant pour ma carrière en plein essor, je choisis d’utiliser un microphone qui ne capte pas bien les aiguës. Le résultat de l’essai est flatteur, je suis promu. Mais suis-je honnête pour autant ? Qu’en pensez-vous /2/?

/1/ Quoique, lors des européennes de 2009, les électeurs du groupe 2 habitant dans le Sud-Est avaient aussi la solution de voter pour Francis Lalanne qui a déclaré dans La Provence le 6 avril 2009 : « Je dis à ceux qui votent blanc, si vous voulez que votre protestation soit prise en compte, votez pour moi ! »

/2/ Il s’agit ici d’un billet d’humeur un peu simpliste et peut-être caricatural. Le lecteur souhaitant appréhender le problème du vote blanc de façon plus approfondie pourra se reporter aux discussions en séance publique de l’Assemblée Nationale autour de la proposition de loi tendant à la reconnaissance du vote blanc aux élections déposée le 18 décembre 2002.

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