Le vote blanc
Il y a quelques semaines ont eu lieu les élections régionales. La part d’ethnomedia qui veille en moi m’a conduit à observer cet objet qu’est l’élection avec le regard un peu formaté du physicien.

Considérons le processus électoral comme un instrument permettant de mesurer un paramètre, le vote des citoyens, d’une expérience appelée élection. Lorsque je choisis un microphone pour réaliser une mesure acoustique, je m’assure que l’étendue de sa gamme de niveau et de fréquence admissible est compatible avec le bruit que je souhaite mesurer. Je m’assure également que ses dimensions ne sont pas susceptibles de perturber de façon trop importante le champ sonore dans lequel je vais le placer. Dans le cas qui nous occupe, celui de l’élection, l’étendue du phénomène à observer est rapidement cernée :
1. certains citoyens prennent part à l’élection et votent pour un des parti représenté ;
2. certains citoyens prennent part à l’élection mais ne votent pour aucun des partis représentés ;
3. certains citoyens ne prennent pas part à l’élection contestant ainsi sa légitimité même.
Pourtant, l’Etat français, en ne reconnaissant pas le vote blanc, se dote d’un instrument de mesure défaillant. Il est défaillant parce que sa gamme de mesure ne couvre pas l’étendue du phénomène à observer : sans vote blanc, impossible de quantifier le nombre de citoyens se classant dans le groupe 2 ci-dessus. Plus grave, l’utilisation de cet instrument de mesure défaillant perturbe le phénomène qu’il observe. En effet, certains citoyens du groupe 2, ne voyant pas l’utilité de prendre part à l’élection puisque leur vote n’est pas comptabilisé choisissent de la contester en n’y prenant pas part
La suite est une pure fiction. Imaginons donc… Je propose à mon employeur une amélioration acoustique du produit qu’il commercialise. Lors de l’essai final, je m’aperçois que le bruit, au lieu de diminuer, a augmenté en particulier dans les fréquences aiguës. Craignant pour ma carrière en plein essor, je choisis d’utiliser un microphone qui ne capte pas bien les aiguës. Le résultat de l’essai est flatteur, je suis promu. Mais suis-je honnête pour autant ? Qu’en pensez-vous

